L’argent et l’aviron

 

 

                En Aviron, sport amateur, nous en revenons toujours au problème de l’argent : manque-t-il à notre sport ? Ne risque t-il pas d’exposer notre discipline et  passion à de nouveaux problèmes ? Pour nous, rameurs en Equipe de France, oui, il y a un manque d’argent. Car nous avons le sentiment d’agir comme des professionnels (heures d’entrainements, sacrifices personnels, mode de vie, le nombre de contrôles anti-dopage passés pendant la saison, motivation personnelle….) et que nous n’en vivons pas.  De mon point de vue, je pense que des solutions sont possibles même si elles sont plurifactorielles.

                Tout d’abord, il faut identifier d’où pourrait venir ce « manque » d’argent. Ce problème d’argent dépend directement du nombre de rameurs (loisirs ou compétiteurs) licenciés en France : il y a eu  90 631 licenciés en 2008 contre 2 278 691 pour la Fédération de Football. Le Ministère de la Santé, de la Jeunesse et des Sports attribue un budget annuel aux fédérations en fonction de leur nombre de Licenciés et de leurs résultats aux grandes compétitions (ex : championnat du monde, Jeux Olympiques) ; nous sommes donc loin de la tête de liste. Ceci est une des raisons pour laquelle la Fédération Française des Sociétés d’Aviron n’a pas financièrement les moyens de payer des rameurs à temps plein pour qu’ils s’entrainent.

                Ensuite, nous (rameurs de haut niveau) avons beaucoup de mal à trouver des sponsors et des mécénats qui seraient une bonne alternative pour professionnaliser notre sport. Notre faible médiatisation a, malheureusement, un impact direct sur la recherche et la création d’un partenariat ou sponsoring. Nous ne passons pas suffisamment à la télévision pour avoir une image marketing qui intéresse les entreprises en quête d’atouts publicitaires humains. Ceci est la dernière raison pour laquelle nous ne sommes pas encore des sportifs professionnels.

                Je pense que devenir sportif professionnel changerait beaucoup notre sport et certains comportements. Actuellement, les rameurs compensent leur statut de sportifs amateurs par une très bonne qualification professionnelle. De nombreux rameurs de l’Equipe de France ont, le jour où ils franchissent la ligne d’arrivée de leur carrière sportive, un niveau Licence (=moyenne du niveau d’étude de l’ensemble des rameurs en Equipe de France) à l’Université. Je pense qu’en rendant l’Aviron sport professionnel, les athlètes ne se « fatigueraient » plus à suivre un cursus à la Fac, sachant qu’a la fin du mois, ils ne seraient pas à découvert sur leur compte en banque. De plus, les sports professionnels fortement médiatisés comme le foot, le tennis, le cyclisme font aussi l’objet de nombreux scandales télés : dopage, corruption……  . Les sports amateurs peuvent, eux aussi, être la cible du dopage ; mais ils arrivent beaucoup mieux à s’en protéger étant donné que l’argent est mis hors circuit. L’argent peut aussi, d’une certaine manière, déshumaniser l’athlète, le rabaisser au niveau d’un objet médiatique, une « machine à fric ». Donc est-ce une bonne chose de professionnaliser l’aviron ?

                L’amateurisme lui aussi nous porte préjudice pour une chose, hormis celle du manque d’argent. C’est que pendant la période d’étude, tous les athlètes ne réussissent pas forcément à concilier étude et sport. Par choix, beaucoup abandonnent le haut niveau et se consacrent aux études afin d’assurer leur carrière professionnelle. Ainsi, à chaque Olympiade, la Fédération voit partir de ses rangs d’excellents athlètes. En découle une moins bonne prestation de la délégation française aux championnats du monde (ou Jeux Olympiques) et donc un plus faible budget annuel attribué par le Ministère des sports.  

                En conclusion je ne pense pas qu’être sportif professionnel soit une bonne chose en soi, néanmoins, la semi-professionnalisation me semble être un concept intéressant pour plusieurs raisons : l’athlète a, malgré des aménagements, des responsabilités professionnelles (travail à mi-temps). Ainsi il ne s’exclut pas de la société et participe à l’économie de son pays. Pour moi la semi-professionnalisation est l’équilibre ultime pour chaque athlète et Fédérations sportives ; car c’est la seule qui permette de « gagner financièrement ce que l’on mérite, et de ne pas avoir besoin de plus » (Frédéric Belaubre).

                Pour terminer, et comme nous avons pu le voir cette saison, Nouvelle-Zélande et Royaume-Uni dominent les débats. Or, les athlètes de ces pays sont professionnels (du moins les meilleurs équipages). La  professionnalisation sera-t-elle bientôt une condition nécessaire à la performance en aviron, au risque de le voir bientôt dériver comme certains sports professionnels ??…

Commentaires fermés

%d blogueurs aiment cette page :